Les chara kārakas : votre planète de l'âme et ses ministres
Comment l'astrologie de Jaimini classe vos planètes par degré pour trouver votre planète de l'âme (ātmakāraka) et les six qui la servent.
Une autre façon de désigner la planète la plus importante
L'astrologie répond d'ordinaire à la question « quelle planète compte le plus pour moi ? » en regardant le signe qui se levait à la naissance et la planète qui le gouverne. Le sage Jaimini, ainsi que le chapitre des kārakas du Bṛhat Parāśara Horā Śāstra (BPHS), proposent une seconde réponse qui ne doit rien aux signes ni aux maisons. Elle ne regarde qu'une chose : le chemin que chaque planète a parcouru dans son signe.
La planète la plus avancée devient votre ātmakāraka, le « signifiant du soi », souvent appelée planète de l'âme. La suivante devient son ministre, et ainsi de suite sur une échelle de sept rôles. Comme cette échelle change d'une personne à l'autre, on parle de chara kārakas, des signifiants « mobiles », par opposition aux signifiants fixes, identiques pour tous.
Voici comment l'échelle se construit, ce que décrit chaque échelon, et comment la lire sans devoir apprendre l'astrologie.
Comment les planètes sont classées
La règle est simple ; on la trouve en BPHS 33.3–5 et dans le Jaimini Upadeśa Sūtra (JS 1.1.10) :
Quelles planètes compte-t-on ? BPHS 33.1 admet « du Soleil à Saturne, ou jusqu'à Rahu », et 33.2 précise quand Rahu entre en jeu : seulement si deux planètes occupent le même degré. Le site applique cette règle. En temps normal il classe les sept planètes Soleil, Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne. Ce n'est que si deux d'entre elles partagent le même degré, à la minute et à la seconde près, qu'il ajoute Rahu et passe à huit rôles. Rahu allant à reculons, son degré se compte depuis la fin du signe (30° moins sa position, BPHS 33.6). Ketu n'est jamais un kāraka.
Certains astrologues utilisent toujours huit kārakas. C'est une école réelle, pas une erreur, mais c'est une convention : votre rapport indique la règle appliquée pour que vous puissiez comparer.
Les sept rôles
| Kāraka | Rang de la planète | Ce qu'il décrit |
|---|---|---|
| Ātmakāraka (AK) | 1er, degré le plus haut | Vous : l'âme, le soi, ce que vous êtes venu travailler |
| Amātyakāraka (AmK) | 2e | Le ministre : la carrière, le conseil, ce qui sert vos buts |
| Bhrātṛkāraka (BK) | 3e | Frères et sœurs, le courage |
| Mātṛkāraka (MK) | 4e | La mère, le foyer |
| Putrakāraka (PK) | 5e | Les enfants, la créativité |
| Jñātikāraka (GK) | 6e | La parenté, les rivaux et les obstacles |
| Dārakāraka (DK) | 7e, degré le plus bas | Le conjoint et les partenaires proches |
Ces noms viennent de BPHS 33.13–15 et de JS 1.1.12–17. Les textes ne sont pas parfaitement nets : le BPHS nomme aussi un kāraka du père, et 33.16 signale que certains fusionnent la mère et les enfants. Le site retient l'ordre courant à sept rôles ci-dessus et n'ajoute un pitṛkāraka (le père) que lorsque Rahu est compté.
La planète de l'âme, un roi
BPHS 33.7–12 compare l'ātmakāraka à un roi. Ses ministres et ses fils exécutent ses ordres ; de même, les autres kārakas donnent leurs résultats à travers l'ātmakāraka. Si le roi est bien placé, les autres ne peuvent guère nuire ; s'il est mal placé, ils peinent à faire du bien. Le sūtra de Jaimini ajoute que l'ātmakāraka « préside au lien et à la délivrance » (JS 1.1.11) : il montre ce qui vous attache et ce qui vous libère.
Concrètement, on lit l'ātmakāraka en premier. Son signe, les planètes qui l'accompagnent et surtout sa place dans le navāṁśa (la division du thème en neuf) donnent le ton à tout le reste. Ce dernier point porte un nom, le kārakāṁśa, et a son propre article dans cette série.
Les kārakas fixes
À côté de l'échelle mobile, BPHS 33.18–21 énumère des kārakas sthira (fixes), les mêmes pour tous. Pour le père, le plus fort du Soleil et de Vénus ; pour la mère, le plus fort de la Lune et de Mars. Mars décrit aussi les cadets, Mercure la famille maternelle, Jupiter le grand-père paternel, Vénus le mari, Saturne un fils, et Ketu les beaux-parents. Le site mesure « le plus fort » avec le Ṣaḍbala, la force sextuple, et BPHS 33.16–17 confie un rôle au kāraka fixe quand deux kārakas mobiles sont à égalité.
Un exemple commenté
Prenons le thème d'exemple du site : naissance le 25 décembre 1990 à 03 h 20 à Paris, ascendant Balance. Voici les sept planètes classées par degré dans leur signe :
| Planète | Signe | Degré dans le signe | Kāraka |
|---|---|---|---|
| Vénus | Sagittaire | 22°20′ | Ātmakāraka |
| Jupiter | Cancer | 18°51′ | Amātyakāraka |
| Soleil | Sagittaire | 9°17′ | Bhrātṛkāraka |
| Lune | Poissons | 8°49′ | Mātṛkāraka |
| Mercure | Sagittaire | 7°25′ | Putrakāraka |
| Mars | Taureau | 4°23′ | Jñātikāraka |
| Saturne | Capricorne | 1°08′ | Dārakāraka |
Aucune paire ne partage un degré : la règle des sept kārakas s'applique et Vénus est la planète de l'âme. Vénus gouverne aussi l'ascendant Balance : le « qui je suis » de l'ascendant et celui de Jaimini désignent la même planète, un thème à retenir. Jupiter, le ministre, occupe la 10e maison, celle de la carrière. Saturne, la planète la plus lente, est le dārakāraka, dans son propre signe.
Voyez ce que changerait la convention à huit kārakas. Rahu est à 5°46′ du Capricorne ; compté à rebours, cela donne 24°14′, plus que Vénus. Un astrologue qui compte toujours Rahu en ferait ici la planète de l'âme. C'est précisément pourquoi le site indique la règle utilisée.
Faut-il une heure de naissance exacte ?
Moins que pour la plupart des techniques. Les planètes avancent lentement, et quelques minutes d'erreur inversent rarement leur ordre. L'exception est la Lune, qui parcourt environ un demi-degré par heure. Si votre Lune est à moins d'un quart de degré d'une voisine, une trentaine de minutes d'erreur pourrait échanger leurs rôles, et le site le signale. Dans l'exemple, le Soleil et la Lune sont à environ un demi-degré l'un de l'autre : l'ordre tient pour une erreur allant jusqu'à une heure environ.
Dans votre propre thème
Votre rapport liste vos sept (ou huit) kārakas avec leurs degrés, indique la règle appliquée et pourquoi, et signale toute paire assez proche pour s'inverser. Commencez par votre ātmakāraka : son signe et ses compagnons décrivent le cœur de la personne, le reste de l'échelle décrit les gens qui vous entourent. Calculez votre thème pour voir votre propre échelle.